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Chronique d'un suiveur (2ème épisode)

Publié le par Benoit F.

Ce semaine, c'est Nicolas, suiveur de Christophe sur les 100 bornes de Millau qui a pris la plume pour nous conter cette aventure.

 

"Ca y'est, j'ai laissé mon coureur aller se faire "bipper" pour le départ, commence mon premier périple : rejoindre la zone des suiveurs.

 

7 kms tranquille pour faire chauffer les jambes, repenser une énième fois à ce qu'on aurait pu oublier de prendre ou de faire. 7 kms pour prendre le temps d'admirer cet Aveyron si accueillant avec ses falaises et ce Tarn qui coule là en dessous et qui nous accompagnera sur un marathon pour une première boucle Millau - Millau.

 

10h, mon coureur est parti, j'espère qu'il est bien dans son corps et dans sa tête, qu'il va se tenir à son plan de course, notre plan de course. Celui qu'il prépare depuis 4 mois. 4 mois de travail et 5 sorties ensemble.

 

10h40, ca y' est je le vois au milieu du flot, il a retrouvé Carole, Jean-Louis, Patrick et Tonio. Tous ont l'air bien, pas trop vite, juste comme il faut.

 

Les premiers kilomètres défilent, les premiers ravitaillements aussi, on est dans les temps, mais quelque chose cloche. Plus Millau se rapproche et plus son visage se tire, les questions reviennent "je suis dans les temps ?" "oui, pile comme prévu", "je suis pas bien", "je comprends pas ce qui se passe", "t'inquiètes on est dans les temps, 4h au 40 kms".

 

Je ne pensais pas que mon vrai rôle de suiveur arriverait si tôt, celui de soutien, de réconfort, de moteur, celui qui pousse. L'arrivée du marathon se profile, mais le corps ne suit plus : Le coeur trop vite, la fièvre qui monte.

 

Après un arrêt et des doutes, nous repartons, le chrono est oublié, maintenant le but : finir.

 

Finir pour lui, ses efforts, pour nous deux et pour tous ceux qui nous suivent et nous soutiennent de près ou de loin.

 

Millau, c'est ses 100 bornes mais aussi son viaduc, qui maintenant se profile au loin. Le profil lui aussi change : de petites bosses, sur le marathon, à des "casses pattes" sur le reste des 100 bornes. En premierpasser ce viaduc et arriver au 50 kms. Il est mieux, nous sommes à notre rythme, tranquille, objectif : finir.

 

Les kilomètres s’enchaînent, 55, 60, Saint Rome et la montée vers Tiergues. Et les autres au fait, toujours personne en face. Carole arrive, traits tirés, au sommet Jean Louis, puis Tonio et Patrick en descendant vers Saint Afrique.

 

Les kilomètres continuent, mais ce 70 ème n'arrive toujours pas. Enfin le voilà, puis le ravitaillement, la soupe chaude, le massage pour les jambes. Un coucou à nos femmes qui nous suivent depuis Millau, rassurer tout le monde et déjà repartir. Repartir à l'assaut de cette côte de Tiergues, dans la nuit, le silence, le froid qui s'installe et les orages qui nous narguent au loin. Son estomac commence à le trahir, ça passe mal. Mais ça doit passer : "Tu ne peux pas continuer sans manger !".

Mon vélo ne me porte plus ou très peu, je préfère le suivre à pied, au plus près, à la recherche du 75 ème, croisé en descendant. 75, le ravitaillement se rapproche : toujours rien qui passe, un peu de soupe.

 

80 et Saint Rome arrive, pause casse croûte et surtout : massage et kiné. Une remise sur pied "miraculeuse" et on repart, 23h. Un bisous d'encouragement de nos femmes et un "A toute à l'heure à l'arrivée !".

 

Le miracle se produit, après un redémarrage au starter, la descente vers Saint Georges s'avale presque d'un rien, d'un tube de Lady Gaga au 85 ème qui booste pour continuer mon dernier tour de vélo.

 

12 bornes, les dernières et toujours rien qui passe, un verre de coca et un verre d'eau. Il est fatigué, las, son corps ne veut plus, lui se demande, mais repart quand même. Allez, juste le viaduc pour finir, une montée, une descente, ensuite Millau et c'est gagné.

 

La nuit est noire, la côte interminable, les virages qui s’enchaînent et toujours ce Viaduc dans la nuit qui semble s'éloigner... La tête rejoint son corps et tout deux refuse le combat, le mien commence. Contre le temps qui passe, les kilomètres qui restent et mon coureur qui ne peut plus : le sommeil l'emporte, un ennemi de plus à combattre...

 

Je dois trouver les mots, les lumières là bas qui se rapprochent, les poteaux qui défilent si lentement : "allez chaque poteau, c'est 20 mètres de fait".

 

5 kilomètres, tous plus longs les uns que les autres, l'abandon qui le traverse, je le remets debout, il n'en reste que 3 !

 

Enfin nous arrivons, cette dernière ligne droite à monter, les mots toujours à trouver pour le soutenir et le porter. Le parc, je pose mon vélo, mais les mots ne suffisent plus, la ligne : bip, diplôme, joie, fatigue, douleurs.

 

Tout se mêle, son corps n'est que douleur, le mien commence à l'être aussi. Direction les soins.

 

La nuit passera vite, le matin arrivera avec la satisfaction d'avoir fini. Ce fut dur pour lui, son corps lui rendra ce qu'il aura subi, jusqu'à la limite, presque au delà.

 

Je suis fier de lui et de ce que nous avons fait ensemble. Je ne savais pas si j'arriverais à le faire, lui n'a jamais douté de moi. Nous l'avons fait ensemble et fini l'un pour l'autre, 16 heures 38 minutes et 45 secondes. Merci Christophe. "

Merci Nicolas pour ce beau récit

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